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Argumentaire

Colloque conçu par J.-L. Fournet, J.-M. Mouton et J. Paviot

Et organisé par le Centre International des Sciences de l’Homme (CISH)

Dates prévues : du jeudi 3 au samedi 5 septembre 2015

 

Ce colloque se situerait dans la continuité du précédent intitulé Sociétés conquérantes et sociétés composites. Il s’agirait d’examiner cette fois-ci une des modalités du multiculturalisme des sociétés du Proche-Orient à travers leur histoire et au gré des recompositions induites par leur histoire: leur multilinguisme.

La thématique du multilinguisme est devenue de plus en plus importante dans les recherches historiques de ces dernières années : l’étude ethnocentrée des sociétés anciennes pratiquée pendant longtemps par des chercheurs spécialistes d’un seul domaine a fait place depuis quelques temps à une approche plus ouverte, moins monolithique et plus sensible aux interactions culturelles. Par ailleurs, cette thématique est à l’unisson d’une préoccupation sociétale contemporaine puisqu’elle rencontre une des préoccupations majeures qu’ont nos sociétés de plus en plus confrontées au problème des multilinguismes et des multiculturalismes.

Ce colloque souhaiterait aborder le multilinguisme dans une perspective transversale et transdisciplinaire en confrontant les points de vue de spécialistes des diverses sociétés du Proche-Orient autour de trois axes:

  • Une typologie des multilinguismes. Le multilinguisme peut être de nature très variée : ethnique, politique, religieux, culturel ; très souvent il participe de plusieurs de ces phénomènes à la fois. Il ne s’exprime pas de la même façon selon les raisons qui le fondent ou les contextes qui le conditionnent.
  • Les modalités des multilinguismes. Il s’agira de s’interroger sur les conditions concrètes présidant à la différenciation de l’expression linguistique : par exemple, telle langue sera réservée à tel support (pierre, manuscrit, etc.) plutôt qu’à tel autre, pour tel type de document plutôt que pour tel autre ; elle sera employée dans tel contexte d’élocution plutôt que dans tel autre. Ces modalités ont une dimension méthodologique indéniable : la documentation écrite qu’exploite l’historien est soumise à des contingences et à des contraintes qu’induit, entre autres, le multilinguisme. La connaissance de ce phénomène, en ce qu’il conditionne la rédaction d’un document, doit être un préalable à l’exploitation de celui-ci. Par ailleurs, la connaissance de ces modalités aide à mieux faire face à certains problèmes qui se posent dans les sociétés contemporaines.
  • Les conséquences du multilinguisme. La coexistence de plusieurs langues dans un même espace culturel ne peut manquer de produire des phénomènes d’interaction non seulement sur les langues elles-mêmes (emprunts, calques, pidgin, etc.), mais aussi sur les écritures. D’un point de vue plus historique, elle peut donner lieu à des conflits ou au contraire à des enrichissements culturels propices à des transferts d’une culture à l’autre (qui peuvent passer, notamment, par la traduction). Dans le domaine du politique, on peut réfléchir particulièrement sur l’influence décisive des structures des sociétés complexes, pluralistes et multilingues à la vie publique, surtout du point de vue de leurs régimes politiques, du principe de la participation à la prise des décisions. Si la société est formée de constituants divers et variés, quel est le principe selon lequel la diversité se transforme en une entité unifiée et susceptible d’être la source du pouvoir dans le régime démocratique ? Le pouvoir peut-il être unifié dans une société pluraliste ? La démocratie est-elle valable pour organiser politiquement ce type de sociétés ? La démocratie est-elle valable pour toutes sortes de sociétés et de cultures et ne prend-elle des formes diverses en fonction de la nature composite des sociétés qui la pratiquent ? En d’autres termes, y a-t-il un type spécifique de démocratie pour gouverner ce genre de sociétés complexes de la meilleure façon et d’y assurer la sécurité civile en proposant des solutions au problème des minorités ? Cette réflexion montrera toute l’actualité du phénomène du multilinguisme et la nécessité de le prendre en compte pour une compréhension plus fine des sociétés politiquement et culturellement complexes du Proche-Orient contemporain.

En somme, la richesse de ce sujet est le gage d’un colloque fructueux qui réunira pendant trois jours des spécialistes de nombreux domaines (historiens, linguistes, philologues, sociologues, politologues, etc.) et de diverses aires culturelles du Proche-Orient. La confrontation de ces divers points de vue permettra une meilleure compréhension du phénomène de la formation des sociétés composites et, en prolongeant la réflexion jusqu’à l’époque contemporaine, tentera de répondre au défi que pose la situation présente. L’effervescence de ces sociétés suscite actuellement en effet d’importantes questions sur l’aptitude de leurs populations à vivre en commun et à garantir leur pérennité, sur la manière de préserver leur entité politique et sur la possibilité d’adapter le régime démocratique à leurs structures sociales. L’enjeu est bien de rendre applicable la Déclaration Universelle des Droits de l’homme dans ses sociétés composites afin qu’elles ne deviennent pas le champ d’expérimentation de stratégies menant à réfuter cette Déclaration et à anéantir les aspirations des peuples à une paix fondée sur l’accord et l’harmonie de leurs cultures, de leurs religions et de leurs diversités.

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